Durant l'été, j'ai effectué des petits vols d'essai et de réglage, et des grands vols de tests pour vérifier la résistance de la voile aux thermiques et aux turbulences, c'est-à-dire sa capacité à effectuer des vols de démonstration en public sans incident.
A ce jour, la mise au point continue, les réglages de vitesse de vol, de courbure et de profil sont encore à améliorer afin de la faire voler mieux, et surtout plus vite.

Le travail n'est pas fini, mais à Saint Hilaire je voulais présenter la voile au moins pour son esthétique exceptionnelle, ce qui est réussi. Etant donné ses caractéristiques simple surface et son concept initial, essayer de faire voler la Sailwing correctement signifiera certainement la rendre plus "fragile" en vol, donc la suite des essais n'aura plus lieu en public.

La voile étant réputée pour ses phases parachutales à taux de chute important, ce que David Barish lui-même m'a confirmé à Saint Hilaire, pour la Coupe Icare j'avais choisi de caler la voile un peu piqueuse au détriment des performances, pour être sûr de passer la falaise sans risquer un départ en phase parachutale devant le thermique, et surtout de ne pas avoir à lancer un parachute de secours devant le public et les caméras.

- Après les réglages en pente-école et quelques mini-vols à Sainte Victoire, j'ai fait 5 petits vols de première mise au point au déco Sud de Saint Hilaire le 25 mai. (Essais filmés par FR3)

- Je suis revenu à Saint Hilaire pour deux grands vols le 13 et le 14 juillet au matin (700 m), avec posé à l'atterrissage officiel, malgré un petit vent contraire de nord-est, mais pas trop de thermiques (vols d'essais filmés par FR3, les sujets TV ont été diffusé 5 ou 6 fois sur FR3).

- J'ai effectué un autre grand vol d'essai à Chamonix, depuis Plan Praz (1000 m), le 15 août vers 11 h, dans les turbulences sous le vent de nord, et sous le thermique. La voile a mal volé, mais n'a pas fermé ni parachuté, je n'aurais pas dû décoller.

- J'ai à nouveau volé à Saint Hilaire, lors de la Coupe Icare : le jeudi avec 3 petits vols au déco sud, puis un grand vol depuis la moquette en fin de matinée. Le vendredi matin, avec un autre grand vol depuis la moquette en fin de matinée, en présence de David Barish. (Vols du jeudi et du vendredi filmés et photographiés).

Pour ces deux vols, j'ai à chaque fois été contré par des petits thermiques un peu secs poussés par un léger vent de nord, coincé en effet bagnard devant la ligne d'ascendances,ce qui m'a rejeté systématiquement dans la combe de Saint Hilaire. Lorsque j'ai réussi à rentrer dans les thermiques avec un vario positif, à chaque fois j'en suis ressorti très vite pour reprendre la degueulante, la voile étant très lente à mettre en virage.

J'ai dû me poser le long de la route, en propriété privée, près des parcs à chevaux. Le problème, c'est que des juments pleines et les poulains s'affolaient à mon arrivée, le propriétaire a demandé que nous arrêtions les vols d'essais si nous n'étions pas capables de garantir un posé hors de chez lui.

Avec Gérard Vieux et l'organisation, afin de limiter les incidents potentiels, nous avons donc convenu de ne pas continuer les vols tant que les conditions météo n'évoluaient pas favorablement pour moi, d'autant que toutes les zones de dégagement ont été transformées en parkings le samedi et le dimanche. J'ai donc présenté la Sailwing au gonflage et phase d'envol, à midi le samedi et le dimanche, avec arrêt à la cassure. Et le gonflage vraiment facile de cette voile en a étonné plus d'un !
A mon sens, c'est sans doute ce gonflage évident qui a fait naturellement de Barish le premier parapentiste, une qualité que n'avaient pas les parachutes concurrents.

En conclusion, la Sailwing a volé à la Coupe Icare, avec au final les premières constatations :
- à trop basse vitesse pour pénétrer efficacement les thermiques, elle se fait rejeter en effet bagnard avec perte d'altitude pénalisante.
- suffisamment saine pour pouvoir la présenter en public sans trop d'inquiétude, ce qui était le but principal pour la Coupe Icare.
- ma Sailwing, trop lente et trop grande, n'aime pas le vent de travers ou arrière au décollage, elle n'aime pas non plus les thermiques, elle ne tourne pas (celle de Barish non plus d'ailleurs...)
- mal réglée, elle vole entre 2,5 et 3 de finesse, à 25 km/h, mais en air calme.

Voilà, vous en savez maintenant autant que moi. Depuis quelques temps je me dis que l'évolution est bien faite, que si les dinosaures ont disparu, ce n'est pas pour rien, et qu'il y avait de bonnes raisons... y compris en ce qui concerne les dinosaures du ciel.

Mais il ne faut pas oublier qu'en 1965, voler entre 2,5 et 3 de finesse en air calme, c'était un exploit, et que cela l'a été aussi pour nous dix ans plus tard lorsque nous avons vu les premières ailes voler !

La Sailwing à la Coupe Icare, c'était d'abord et surtout un acte de mémoire utile.