Ou de la difficulté de voler au féminin…

Je ne sais pas si vous avez déjà vu ces énormes quadrupèdes tout en poils et en muscles, bestioles suantes, puantes, fumantes d’hormones, en train de pousser de tonitruants meuglements, coup tendu, langue sortie, les yeux exorbités, tremblants de désir et de frustration.
Ils sont prêts à foncer sur tout ce qui bouge, à bondir sur tout ce qui passe, à se jeter au galop à travers les bois et dans les fourrés, à combattre tout autre mâle et à niquer les arbres ! C’est ainsi, c’est le rut…

C

Les primates humains que nous sommes n’ont pas de période de reproduction. En quelque sorte nous sommes en état de rut permanent. D’une intensité éventuellement un peu moindre… Qui peut malgré tout conduire les mâles à facilement être de bien désagréables personnes…
Nous sommes en effet en parade nuptiale continuelle. Nous devons sortir du lot, bramer pour nous faire remarquer… nous faire remarquer par les femmes. Briller. Etre le plus fort, le plus rapide, le plus vigoureux.
Donc faire preuve d’esprit de compétition ; être devant, le premier, le champion. Celui sur qui se braquent les regards et se focalisent les désirs… Montrer ses muscles ou autres capacités qui prouvent la possession des bons gènes.
Alors on frime, c’est à qui gueule le plus fort dans la cour de récré, c’est à qui braille le plus au bistrot. On fonce comme un fou à vélo puis on rêve de la voiture ou de la moto la plus grosse, la plus puissante ; on fait des roues arrières pour épater la galerie, splendide représentation de l’érection dans toute sa tension et son équilibre subtil. Bref on montre sa bite.
Et cet exhibitionnisme aide à écarter bien des obstacles. Ca va nous faire voler ; on ne reculera devant rien, toujours plus haut pour que nos compagnes nous prennent pour des demi-dieux. Nous voici tout entier tendus vers la maîtrise de l’air, dans l’aveuglement de la toute puissance et la chimère de nos pouvoirs érotiques fantasmés. L’homme est capable de se consacrer de façon monomaniaque au vol car il lui est vital de se consacrer à son sexe.

Pour la femme qui rencontrera un jour l’envie étrange (suspecte ?) de voler, il s’agira bien vite de croiser subtilement au travers d’écueils spécifiques.

  • Accepter d’évoluer dans un monde parfois trop masculin.
  • Accepter une image de mise en danger.
  • Accepter de se reconnaître capable de faire, capable d’oser, de s’autoriser à aller plus loin.
  • Accepter de perdre beaucoup de temps pour voler peu.
  • Accepter de sacrifier une partie de sa vie familiale… et se débrouiller avec tous les aspects de la question de la maternité.
  • Enfin accepter de vivre un univers aérien à « l’indécidabilité » importante, à haut degré d’incertitude.

Généralement les femmes n’auront pas tendance à nier leurs peurs ni leurs aversions à la prise de risque, pas plus qu’elles ne se cacheront leurs failles et leurs manques techniques.
La lucidité serait-elle néfaste à l’action ?

Alors si nous les voyons parfois éclore sur nos pentes herbeuses, éclairer nos sites et nos vies de pilotes de leurs sourires, elles passent trop souvent dans nos cieux comme des étoiles filantes pour disparaître du vol libre, happées par des ailleurs et des destins mystérieux.
Incapables que nous sommes d’organiser sous la voûte de nos ailes la constellation des pilotes féminines…